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Monsieur le directeur, une fois n’est pas coutume, notre déclaration ne portera pas sur des problèmes exclusivement cheminots mais sur la situation générale dans notre pays. Ainsi nous ne polémiquerons pas avec ceux qui considèrent comme une victoire éclatante le versement de 200 euros sur la paye de juin, prix de leur renoncement aux revendications des agents du fret. Comme nous l’avons dit, 200 euros c’est toujours bon à prendre mais ça ne remplacera jamais des augmentations générales de salaire, seul juste retour des choses face aux bénéfices réalisés par l’Entreprise sur le dos des cheminots.
Monsieur le directeur, les cheminots de la région, comme tous les cheminots dans l’Entreprise et comme tous les salariés de ce pays sont inquiets pour leur avenir.
Hausse des prix, salaires en berne, restructurations permanentes, pression sur les conditions de travail, incertitude quant à la pérennité du modèle républicain, autant d’éléments qui poussent les travailleurs dans tous les secteurs d’activité à se mobiliser et à exprimer leur mécontentement.
Devant la situation sociale de plus en plus dégradée, la commission exécutive confédérale de Force Ouvrière a proposé un appel commun à une journée de grève interprofessionnelle concernant le public et le privé.
Et je me permets donc maintenant de m’adresser à nos camarades des autres organisations syndicales en particulier à nos camarades de la CGT.
Pour Force Ouvrière une manifestation comme ce fut le cas les 22 mai n’est pas à la hauteur de la mobilisation indispensable pour répondre aux revendications des salariés et plus encore le 19 juin où seuls les agents de l’équipement et du matériel étaient appelés à la grève et à manifester, alors que pour les camarades de la traction et de l’exploitation devaient seuls quelques jours auparavant défendre le fret. Comme si le fret n’était un problème que de mécanos ou d’agents d’exploitation, comme si les camarades du Matériel ou de l’équipement peuvent seuls s’en sortir… Qui peut croire un seul instant que les agents de l’équipement pourront seuls empêcher leur basculement à RFF?
Avec ces journées de grève « saute-mouton » ou ces manifestations qui ne dérangent en rien le gouvernement, on retrouve un parfum de 2003 avec une organisation qui avait accepté la « réforme » et une autre qui, aux dires du ministre du travail de l’époque, François Fillon, s’était comportée en « opposant raisonnable ». Les cheminots ont démontré en octobre et novembre 2007 leur capacité et leur volonté de mobilisation. Ils démontrent en juin 2008 leur refus de journées d’action sporadiques qui n’ont comme seul but que d’user leur combativité. Les cheminots comme tous les salariés savent pertinemment que ces journées d’action ne répondent nullement à l’agression qu’ils subissent quotidiennement. C’est pourquoi notre confédération a proposé aux autres confédérations de préparer une grève interprofessionnelle qui pourrait y être opposé? Cette initiative prend tout son sens et répondrait réellement à l’attente des salariés de ce pays.
Par ailleurs, le gouvernement s’est engouffré dans la brèche ouverte par la position commune MEDEF-CGPME-CGT-CFDT du 9 avril 2008 sur la représentativité pour remettre en cause les règles en matière de durée du travail et de remplacer les négociations nationales de branche par des négociations d’entreprises, voire de favoriser le gré à gré entre l’employeur et le salarié. Ceci conduirait à développer les inégalités entre les salariés et à transformer notre modèle social en modèle anglo-saxon moins protecteur.
C’est l’une des raisons qui ont conduit Force Ouvrière à ne pas signer cette « position commune » et à la critiquer sur le fond.
Il est par ailleurs édifiant que les mêmes, qui ont négocié des nouvelles règles sur la représentativité des organisations syndicales avec le patronat et qui réclament leur transposition dans la loi, crient au scandale quand le gouvernement décide de profiter de ce rapprochement contre nature pour détruire encore un peu plus le code du travail. Ne cherchons pas ailleurs le fiasco de la journée du 17 juin où l’on demandait aux salariés de défendre la position commune (CGT/CFDT/MEDEF) tout en leur expliquant que les 35 h00 étaient menacées alors que c’est cette position commune qui est à l’origine de toutes les dérogations.
On ne peut pas impunément jouer avec la démocratie sociale, et collaborer avec le gouvernement et le patronat pour interdire toute forme libre d’expression syndicale, sans en subir des effets dévastateurs.
On peut d’ailleurs se demander quel était le but d’accepter des organisations syndicales non représentative au niveau interprofessionnel à la négociation d’une convention collective, alors que les règles actuelles ne le prévoient pas, surtout pour aujourd’hui démolir tout principe de représentativité démocratique…
Ces petits arrangements entre appareils, que nous ne serions confondre avec les militants de ces organisations, pour remodeler le paysage syndical à leur avantage, n’est pas acceptable pour tout militant syndical sincèrement attaché à la démocratie sociale. Et des voix et pas des moindre s’élèvent contre la position commune.
Que ceux qui ont apposé leur signature au bas de ce texte anti-démocratique la retirent et privent ainsi le gouvernement de toute légitimité pour remettre en cause les règles sociales, c’est la seule solution pour sortir la tête haute de cette forfaiture.
Nos camarades de la CGT avec qui nous menons depuis des années des bagarres ont entre leurs mains, n’ayons pas peur des mots un enjeu historique. Nous nous félicitons, que par exemple, le congrès de l’Union Départementale CGT de Seine Maritime ait pris la décision courageuse qui s’impose en exigeant de leur confédération le retrait de la signature de ce texte. Disons le crûment, ils ne veulent pas marcher avec Sarkozy / Parisot et nous tenions à les saluer, car quand ils font cela ils défendent tout le syndicalisme confédéré et les conquêtes ouvrières issues pour certaines de plus d’un siècle de luttes acharnées. Quand ils font cela, ils refusent d’être la courroie de transmission du gouvernement, du patronat et de l’Union Européenne. Ce qui a été fait à l’UD CGT 76 est possible partout, faites le, discutez en avec vos adhérents, dans vos instances !
Les travailleurs de ce pays ont besoin d’organisations syndicales indépendantes, portant leurs revendications et préparant la riposte nécessaire. A l’heure où le peuple irlandais, a refusé au nom de toute la classe ouvrière européenne, le dictat de Bruxelles et de tous les gouvernements à leurs bottes, et cela malgré les porte-flingues de mal nommée Confédération Européenne des Syndicats, nous disons nous sommes tous des irlandais !
La situation sociale dans notre pays est grave, les acquis sont remis en cause menacés un à un, mais dans le même temps la combativité des salariés n’a jamais fait défaut et en particulier chez les cheminots.
C’est la raison pour laquelle, plus que jamais, Force Ouvrière maintient sa proposition de préparer et réussir une journée de grève interprofessionnelle public-privé, première étape de la riposte indispensable des salariés, des retraités, des chômeurs et des étudiants de ce pays.
Nous invitons donc toutes les organisations syndicales à préparer dans l’unité la riposte qui d’impose. |